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Bibliothèque Jean-François Séguier (Nîmes, 1703-1784)

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Jean-François Séguier (1703-1784)

Il peut paraître singulier qu’un représentant si excentré – aussi provincial dirions-nous – de l’érudition ait pu jouir en son temps d’une telle aura au sein des milieux savants, malgré un nombre somme toute réduit de publications. L’oubli relatif dans lequel il sombra, dès le premier tiers du 19e siècle, contribua en effet à fausser la perception que l’on peut avoir aujourd’hui du personnage et de ses travaux en les cantonnant dans une perspective historique locale. Les recherches qui se sont multipliées depuis les années 1980 – notamment grâce aux études pionnières de Daniel Roche et d’Elio Mosele – ont permis d’appréhender de manière scientifique et davantage contextualisée l’apport de Séguier aux sciences et surtout aux pratiques scientifiques de son temps, notamment dans les domaines de la botanique et de l’épigraphie.



Baptisé à Nîmes le 3 décembre 1703, Jean-François Séguier était le fils aîné d’un conseiller au présidial, protestant converti délibérément et de fraîche date au catholicisme, et d’une cadette de la petite noblesse locale. Après de solides études au collège des jésuites de sa ville natale, il fréquenta la faculté de droit de Montpellier, tout en suivant les leçons de François Chicoyneau, afin de parfaire des connaissances en botanique acquises à Nîmes de manière empirique auprès de son ami Pierre Baux, du médecin Jean Mathieu et de l’apothicaire François-Dominique Bertram. C’est également à la fin des années 1720 qu’il commença à élaborer un premier réseau de correspondance, alors même qu’il travaillait, de concert avec le père jésuite Xavier-Alexandre Panel, à un supplément au recueil d’inscriptions de Gruter.

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Sa rencontre avec Scipione Maffei, à l’automne 1732, bouleversa toutefois les perspectives du jeune avocat, qui put dès lors voyager à travers l’Europe en tant qu’aiutante di studio du marquis, une des figures les plus notables du monde des lettres en Italie du Nord avec Ludovico Antonio Muratori. Le long séjour que Séguier fit à Paris, de 1733 à 1736, lui permit de nouer des liens étroits avec des personnalités savantes de la trempe des frères de Jussieu, de l’abbé Jean-Paul Bignon – qui lui confia le classement des planches de botanique de la bibliothèque du roi –, du médecin érudit Camille Falconet, ou surtout de Claude Gros de Boze, garde du cabinet des médailles, et de René Ferchault de Réaumur, avec qui il entretint par la suite une riche correspondance. Nourri des cabinets et des bibliothèques londoniens, il sut tout autant tirer profit des richesses intellectuelles des Pays-Bas que de la Vienne impériale et de la Venise d’Apostolo Zeno, avant de gagner Vérone où il séjourna de la fin 1736 jusqu’à la mort de Maffei en 1755. Le voyage qu’il entreprit en Toscane en 1738, et surtout le séjour romain de 1739, facilitèrent son intégration progressive au sein des milieux savants italiens, même s’il dut constamment louvoyer entre les solides inimitiés que la personnalité peu malléable du marquis avait suscitées.

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Les publications à la Haye de sa Bibliotheca botanica en 1740, suivie des Osservazioni della Cometa en 1744, puis du Catalogus plantarum et des deux premiers volumes des Plantæ Veronenses en 1745, lui assurèrent par la suite une véritable reconnaissance intellectuelle, accroissant d’autant sa légitimité parmi les botanistes et les astronomes qu’il dépendait moins dans ces disciplines de l’influence de son mentor. Sa renommée reposait alors autant sur ses travaux et ses affiliations académiques, que sur sa correspondance étrangère, alliée à la libre jouissance de l’incomparable instrumentarium que représentaient les collections du Museo Maffeiano. Indubitablement, Séguier contribua – sans que l’on puisse en déterminer le degré d’engagement – à l’aménagement de cette institution remarquable, fruit du génie de Maffei, dont il reproduisit plus tard le modèle, mais à une échelle infiniment plus modeste, préfigurant ainsi l’émergence et l’affirmation des Musées dans l’espace public.

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La mort de son ami, dans l’ombre duquel il s’était jusqu’ici affirmé, mit un terme à son séjour en Terra ferma vénitienne. Il revint s’installer à Nîmes, renonçant aux lumières de Paris, pour jouir paisiblement d’une confortable existence de rentier, façonnée au détour des successions familiales. En quelques années, il recomposa son réseau de correspondants qui s’ancrait désormais davantage dans la France des pouvoirs et des sociétés savantes, bien qu’il s’étendit à l’Europe entière. Séguier, académicien depuis 1755, correspondant de l’Académie des sciences depuis 1749 et membre de celle des belles-lettres à partir de 1772, devint ainsi un acteur de premier plan au sein de l’académie royale de Nîmes dont il fut secrétaire perpétuel puis, au soir de sa vie, « protecteur ». Le déchiffrement de l’inscription de la Maison Carrée, qu’il publia en 1759, affirma encore davantage sa notoriété. Le renom de ses collections attirait chez lui de nombreux visiteurs, tant anonymes que prestigieux. Comme l’a montré Emmanuelle Chapron, la visite de son cabinet revêtait une véritable dimension didactique. Fruit d’une construction savante et volontiers démonstrative, elle s’inscrivait plus globalement dans une approche dynamique du savoir, alimentée en permanence par la quête livresque et par l’échange épistolaire – qui impliquait une savante économie du don et de l’échange – conçu comme activité intellectuelle à part entière. Séguier travailla par ailleurs constamment à la réalisation de son recueil général d’inscriptions, agrémenté d’une histoire de l’épigraphie, qu’il ne parvint malheureusement pas à conclure malgré une tentative d’impression en 1777.
À sa mort, le 1er septembre 1784, il laissa à l’académie de Nîmes ses collections et sa bibliothèque, qui alimentèrent par la suite les collections publiques par le biais des confiscations révolutionnaires. Le fonds Séguier, conservé en majeure partie à Carré d’Art Bibliothèque et à la Bibliothèque nationale de France, se caractérise autant par sa richesse que par sa cohérence qui en font à l’heure actuelle un matériau de premier ordre, riche en possibilités d’études.


François Pugnière



Bibliographie :


- UMR 7303 Telemme (CNRS/Aix-Marseille Université) et Institut européen Séguier Edition (Nîmes), Edition en ligne de la correspondance de Séguier
- Gabriel Audisio et François Pugnière, Jean-François Séguier, un Nîmois dans l’Europe des Lumières, Aix, Edisud, 2005
- Emmanuelle Chapron, L’Europe à Nîmes : les carnets de Jean-François Séguier, Avignon, Barthelémy, 2008
- Michel Christol, Dissertation sur l’inscription de la Maison Carrée par Jean-François Séguier, Aix, Edisud, 2005
- Samuel Cordier et François Pugnière, Jean-François Séguier-Pierre Baux. Lettres. 1732-1756, Avignon, Barthelémy, 2006
- Dominique Darde et Michel Christol, La collection Séguier au Musée archéologique, Cahiers des musées et monuments, n° 12, Nîmes, 2003
- Jean Gaudant, « Jean-François Séguier (1703-1784), premier historiographe de la paléontologie », Comptes rendus Palevol, vol. 4, n° 3, p. 295-310
- Elio Mosele (dir), Un accademico dei Lumi fra due città : Verona e Nîmes, Vérone, Università degli Studi di Verona, 1987
- Elio Mosele, Un accademico francese del Settecento e la sua biblioteca. Jean François Séguier, 1703-1784, Libreria Universitariae Editrice, Verona, 1981

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